"L'attentat d'ORSINI" d'Adrien DANSETTE

Editions Mondiales à Paris en 1964

imprimerie Del Duca à Biarritz

extrait sur PIANORI :

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Mise à jour du 12 Décembre2007


Adrien DANSETTE

contexte de la page 30 :

... cause révolutionnaire le représentant de Mazzini à Turin, Piolti de Bianchi. Mazzini se déroba d'abord aux offres de Bideschini. Piolti qui entretenait avec la Compagnie de la Mort une correspondance écrite à l'encre sympathique entre les lignes de lettres adressées par une prétendue dame de province à sa couturière milanaise, s'en expliquait en ces termes en novembre 1854 : A Paris, il (Mazzini) pense et travaille avec tous les moyens: il espère beaucoup, il ne promet rien, parce que c'est extraordinairement difficile ; il y a déjà eu différentes tentatives, mais le coquin (Napoléon III) est sur ses gardes et entouré de mille précautions. Mazzini finit par accepter de donner un chef à trois sicaires proposés par Bideschini, un graveur, un coiffeur et un négociant en vins, qui attendaient argent et passeports pour aller faire justice à Paris. Mais, après avoir encaissé neuf cents livres, Bideschini prit la fuite à la fin de janvier ou au début de février 1855, et ses associés furent arrêtés par la police autrichienne.

paragraphe sur (Antonio) Giovanni PIANORI :

Pianori, lui, n'était pas un « mouton ». Le 28 avril 1855, vers cinq heures du soir, alors que l'Empereur, se rendant à cheval au bois de Boulogne, arrivait près de la rue Balzac, un individu s'avança de la contre-allée et déchargea sur lui deux coups de pistolet. Napoléon III, très calme, se serait exclamé: « Voyons, est-ce que ça ne va pas finir ? » Encore un mot historique dont l'authenticité est invérifiable. Toujours est-il qu'un policier, accouru, blessa le meurtrier d'un coup de poignard et que le souverain continua sa promenade à la même allure. L'assassin possédait un passeport au nom de Antonio LAVERANI. Originaire des Etats romains et cordonnier de profession, il s'appelait en réalité Pianori, avait quitté Rome en 1849, au retour de Pie IX, et dès lors vécu tour à tour en Piémont, à Marseille et à Paris. Etait-il un abominable personnage, incestueux, et homicide dès avant l'attentat des Champs-Elysées comme on l'en a accusé ? Peu nous ...

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L'ATTENTAT D'ORSINI

... importe. L'instruction de son procès fut rondement menée. Il comparut devant les jurés le 7 mai : le procureur général* prétendit qu'il fallait chercher à Londres - où Pianori avait fait un séjour de trois mois au début de l'année - les instigateurs du crime: « C'est à Londres qu'on a acheté le pistolet. C'est de Londres que viennent la poudre, les balles et les amorces... de Londres où se trouvent beaucoup de réfugiés qui abusent indignement de l'hospitalité qu'on leur donne et y prêchent ouvertement les plus funestes doctrines de révolution et de sang. » En réalité, rien ne permet de mettre en cause les républicains français exilés à Londres. Mais, on l'a vu, lorsque Bideschini lui avait offert ses services, Mazzini préparait un autre complot. Pianori affirma n'avoir eu aucun complice. Quel qu'ait été son passé, l'homme ne manquait pas de générosité. Il avait déclaré au cours de l'instruction: « J'ai agi de la sorte parce que l'Empereur a fait la campagne de Rome et a ruiné mon pays. » Le pourvoi en cassation rejeté, la tête de Pianori tomba le 14 mai, dixsept jours après son attentat. Sur l'insistance de ses ministres, Napoléon III avait renoncé à le gracier. Pianori laissait un frère qui voulut le venger. Sur les indications du cardinal Antonelli, secrétaire d'Etat de Pie IX, il aurait été arrêté à son arrivée en France et envoyé à Cayenne où il serait mort.

Note * : Gustave ROULAND, procureur général.